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L'IA pour les PME vue par une buildeuse : diagnostiquer, construire, accompagner (Elodie TURLIER, Wasteland Studio)

Elodie, pouvez-vous partager avec nous ce qui vous a motivé à quitter le salariat en 2025 pour lancer Wasteland Studio, et quel a été le moment déclencheur de cette décision dans votre carrière avec l'IA ?

En fait, je n'ai pas vraiment "quitté le salariat" du jour au lendemain. J'avais déjà une auto-entreprise depuis 2020, en parallèle de mes CDI. Mais pendant ma dernière année en poste, quelque chose a changé. Je me suis plongée dans le développement assisté par IA, ce qu'on appelle l'AI-Driven Dev et/ou le Spec-Driven Development, et ça a complètement transformé ma façon de travailler. J'allais plus vite, je produisais mieux et surtout je voyais le potentiel énorme de l'IA pour les entreprises autour de moi.

Le vrai déclencheur, ça a été une idée de produit qui a émergé à travers ma pratique de l'IA dans le cycle de développement : un outil IA qui aide à passer d'un besoin flou à des spécifications structurées à destination des non techniques. En parallèle, j'ai essayé d'amener l'IA dans les pratiques de l'entreprise où j'étais. Mais comme beaucoup de structures, elle n'était pas prête. La confiance envers les profils techniques pour porter des projets de transformation digitale, c'est encore un vrai sujet dans pas mal d'organisations.

Moi, j'avais besoin d'aller à fond dedans. Avec mon parcours en développement logiciel, gestion de projet et IA je me suis dit que c'était le bon moment pour créer un studio IA au service des PME qui ont les mêmes problèmes mais pas d'équipe tech pour les résoudre. C'est comme ça que Wasteland Studio est né.

Comment votre expérience en développement web, notamment avec Angular et TypeScript, a-t-elle influencé votre approche de l'intelligence artificielle et de l'automatisation au sein de Wasteland Studio ?

Ça change tout, franchement. Quand je suis en face d'un dirigeant de PME qui m'explique son problème, je ne fais pas que l'écouter. Je commence déjà à imaginer la solution. Je vois ce qui est faisable, ce qui va être complexe et où sont les pièges. C'est quelque chose qu'un consultant IA sans background technique a peut être plus de mal à faire.

En gros, c'est comme avoir un chef de projet et un tech lead dans la même personne. Je pose les bonnes questions métier ET je sais comment ça va se traduire techniquement. Il n'y a pas besoin de faire l'intermédiaire entre quelqu'un qui diagnostique et quelqu'un d'autre qui construit. On co-construit avec le client, de bout en bout.

Et puis 10 ans de développement web, ça forge une discipline. L'IA n'est pas magique. Ça demande la même rigueur que n'importe quel projet : bien cadrer le besoin, bien structurer la solution, tester, itérer. Mon réflexe d'architecte et de problem solver ne disparaît pas parce que j'utilise de l'IA générative. Au contraire, il devient encore plus important. L'IA accélère énormément l'exécution, mais si la conception est mauvaise, vous irez juste plus vite dans le mur.

Dans vos workshops et séances de consulting sur l'IA, quelles sont les idées fausses les plus courantes que vous rencontrez, et comment abordez-vous ces perceptions pour les transformer ?

Ce qui me frappe le plus, c'est le manque d'acculturation à l'IA. Beaucoup de dirigeants de PME ne savent tout simplement pas que l'IA peut les aider. Ils sont tellement sous l'eau au quotidien qu'ils ne prennent pas le recul. Un agent d'assurance qui collecte des infos prospects à la main, un support qui répond 50 fois à la même question. Personne ne se dit "on pourrait automatiser ce processus". Ce n'est même pas un rejet, c'est un angle mort.

Ensuite il y a le shadow AI. Des équipes qui utilisent ChatGPT ou d'autres outils d'IA générative dans leur coin, sans cadre, sans réflexion sur la confidentialité des données. Ce n'est pas de l'adoption de l'IA, c'est de la débrouille. Et ça crée plus de problèmes que ça n'en résout.

Il y a aussi l'idée que c'est trop cher pour une PME. Beaucoup de dirigeants associent encore l'IA à des projets à plusieurs centaines de milliers d'euros réservés aux grands groupes. La réalité a changé. Aujourd'hui on peut automatiser un processus métier ou construire un outil adapté à son activité pour quelques milliers d'euros et en quelques semaines. Les coûts ont drastiquement baissé, et pourtant la plupart des PME ne le savent pas encore.

Et puis il y a la peur classique : "l'IA va remplacer mes équipes". Alors qu'en réalité c'est l'inverse. Un bon outil IA, il automatise le répétitif et le chronophage. Il laisse l'expertise métier à l'humain. Le but c'est que les équipes se concentrent sur ce qui fait vraiment avancer le business, pas qu'elles passent leur journée sur des tâches qu'une machine peut faire à leur place.

Pour une entreprise débutante dans l'adoption de l'IA, par où recommanderiez-vous de commencer et quels seraient les premiers bénéfices tangibles qu'elle pourrait espérer voir ?

La première chose, c'est d'oublier la technologie pendant 30 minutes. Posez-vous une question simple : où est-ce qu'on perd du temps ou de l'argent ? Quels sont les 2-3 processus qui bloquent vraiment la croissance ? C'est le problème business qui doit guider, pas l'envie de "mettre de l'IA".

Une fois que c'est identifié, commencez petit. Un seul processus, une automatisation simple, un résultat visible en 2 semaines. C'est ce que j'appelle le Quick Win. Ça prouve la valeur concrètement, ça crée de la confiance et après on peut aller plus loin.

Ce que je recommande aussi, c'est de chercher quelqu'un qui peut à la fois comprendre votre métier et construire la solution. Pas un consultant qui vous laisse un rapport et pas un développeur qui attend qu'on lui dise quoi coder. Quelqu'un qui fait le lien entre les deux. Parce que le vrai risque quand on débute avec l'IA en entreprise, c'est de se retrouver avec un outil que personne n'utilise. L'accompagnement à l'adoption, s'assurer que l'équipe change vraiment ses habitudes, c'est au moins aussi important que l'outil lui-même.

En tant que fondatrice d'une entreprise axée sur la clarté du chaos numérique, comment évaluez-vous le potentiel de l'IA à évoluer dans les secteurs de la blockchain et de l'automatisation ?

Je vais être honnête : la blockchain, ce n'est pas mon terrain. Je préfère parler de ce que je connais plutôt que de brasser du vent.

Ce que je vois sur le terrain, c'est que le potentiel le plus concret de l'IA aujourd'hui, il est dans l'automatisation des processus métier. On entre dans une ère où l'IA rend le sur-mesure accessible à des entreprises qui n'avaient pas les moyens de se l'offrir. Des TPE, des PME, des entrepreneurs qui n'ont ni équipe tech ni le temps de se pencher sur ces sujets peuvent maintenant avoir des outils construits pour leur métier, pas des solutions génériques qu'il faut adapter pendant des mois.

Concrètement ça donne des workflows automatisés qui connectent les outils qu'elles utilisent déjà, des agents IA qui traitent les demandes récurrentes, de la génération assistée pour accélérer la production de documents ou de contenu. C'est ce qui change le quotidien des équipes maintenant.

Quelles sont, selon vous, les compétences clés que les professionnels de la tech doivent développer aujourd'hui pour intégrer efficacement l'IA dans leurs processus et pourquoi ces compétences sont-elles cruciales ?

Le plus important, c'est un changement de posture : voir l'IA comme un outil qui vous augmente, pas comme une menace ou un truc à la mode. Ça vaut pour tous les profils tech, que vous soyez développeur, chef de projet, product manager ou architecte.

Pour les développeurs, c'est apprendre à travailler avec l'IA dans le cycle de développement. Ça s'appelle l'AI-Driven Dev ou le Spec Driven Dev. Mais attention, ça ne veut pas dire laisser l'IA coder à votre place. Au contraire, ça demande une meilleure capacité de conception, d'architecture et de problem solving. Vous pilotez un outil puissant, il faut savoir où vous allez.

Pour les chefs de projet et les product managers, c'est utiliser l'IA générative pour le cadrage, l'analyse de besoins et la structuration d'un cahier des charges. L'IA peut transformer un besoin flou en quelque chose d'actionnable. Mais il faut savoir poser les bonnes questions et garder un œil critique sur ce qu'elle produit.

Et pour tout le monde, la compétence la plus sous-estimée : savoir quand l'IA est la bonne réponse et quand elle ne l'est pas. Automatiser pour automatiser, ça n'a aucun intérêt. L'humain garde l'expertise métier. L'IA, c'est le support.

Comment voyez-vous l'évolution du rôle des consultants en IA dans les prochaines années avec les avancées technologiques continues et les changements dans les besoins du marché ?

Le consultant IA qui fait un audit, pond un rapport et repart, je pense que ce modèle a une date de péremption. Les entreprises aujourd'hui, elles savent que l'IA est importante. Ce qu'elles cherchent, c'est quelqu'un qui leur montre concrètement ce que ça change et qui le construit avec elles.

C'est la combinaison des deux qui va compter : le consulting et la construction. Pas des consultants d'un côté et des développeurs de l'autre. Des profils hybrides qui comprennent le métier, identifient le bon problème et mettent en place la solution. C'est le modèle que je construis avec Wasteland Studio. Un interlocuteur unique qui peut être l'équipe tech externe d'une PME, du cadrage à l'adoption. Mais ça peut bien entendu être un partenariat entre un consultant qui fait le diagnostic et un profil technique qui fait la construction. L'important c'est que les deux soient alignés sur les objectifs business et qu'ils travaillent main dans la main.

L'IA va accélérer la digitalisation des entreprises et leur capacité à produire. Le nombre de PME et de TPE qui vont chercher à s'outiller va exploser dans les prochaines années. Et elles vont avoir besoin de gens qui comprennent à la fois leur métier et la technologie pour les accompagner sur le long terme. C'est là que les profils hybrides consulting + build vont vraiment faire la différence.

Pour en savoir plus : https://wasteland-studio.com

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