Pierre, pouvez-vous nous parler du lien entre votre passion pour l'exploration spatiale et votre travail avec l'intelligence artificielle chez Plaiades ?
J'adore la science, en particulier le spatial, pour repousser les limites de notre compréhension du monde qui nous entoure. L'IA permet d'améliorer la condition humaine en se déchargeant de toutes les automatisations cognitives. Elle permet aux humains de faire ce qu'ils aiment faire : être humain, créer de la valeur dans la collaboration avec autrui.
Comment l'exploration spatiale influence-t-elle votre vision de la souveraineté des données et de leur gestion ici sur Terre ?
L'histoire de l'exploration spatiale est intimement liée à la guerre froide et au softpower américain. Le numérique en est un autre exemple. Les USA dominent sur internet, en créent de nombreuses dépendances dans les autres pays, notamment sur les outils grand public (pour preuve la panne mondiale AWS à l'heure où j'écris ces lignes). Reprendre le contrôle de notre technologie pour garder un minimum de souveraineté est important pour préparer notre avenir et les incertitudes de demain.
En tant qu'ingénieur en informatique, quels sont selon vous les plus grands défis technologiques auxquels l'exploration spatiale est confrontée aujourd'hui, et comment l'IA peut-elle y répondre ?
Un domaine où l'IA va prendre de plus en plus de place dans l'exploration spatiale, c'est la robotique autonome. Quand vous envoyez un robot explorateur sur Mars, et qu'il faut 15 à 30 minutes le temps d'envoyer une commande depuis la Terre à la vitesse de la lumière (dans oublier le même temps au retour pour avoir la confirmation de l'action), il est indispensable de doter à ces robot des capacités de perception et de prise de décision de manière autonome. Dans la détection d'exoplanètes on utilise également de l'IA pour traiter massivement d'énormes quantités d'informations (des transits orbitaux, de coronographies, etc.) qui pourrait prendre plusieurs années à analyser par des humains.
Vous vous engagez activement dans l'éducation et la sensibilisation à l'IA. Comment intégrez-vous des éléments de l'exploration spatiale dans ces efforts éducatifs ?
Quelque chose que j'utilise aussi bien pour vulgariser ou pour coder au quotidien : "Keep It Simple". La NASA (les autres agences aussi) est capable de produire du code informatique fiable basé sur la décomposition en sous systèmes isolés et redondés. En décomposant un problème complexes en plein de petits problèmes simples, on est capable d'avancer, d'expliquer et de comprendre.
La souveraineté des données est cruciale dans votre métier. Pensez-vous que cet aspect devient aussi essentiel dans l'exploration spatiale ? Pourquoi ?
Ma position sur le sujet n'est pas binaire. En un sens, il est important d'être souverain dans l'exploration spatiale dans la compétitivité à l'accès à l'espace (satellites de télécommunication, de défense ou d'observation de l'environnement). Le conflit Russie-Ukraine est largement opéré à travers le réseau internet Starlink Américain, donnant un avantage technologique à l'Ukraine pour la gestion des drones. L'autre facette bien plus joyeuse concerne la science et le partage de connaissances afin d'améliorer notre compréhension du monde à l'échelle de l'humanité. La notion de souveraineté dans le cadre scientifique est caduque ne serait-ce que par la démarche scientifique de reproductibilité des résultats.
Comment voyez-vous l'avenir de l'exploration spatiale à l'ère des avancées technologiques rapides ? Quelles collaborations pourriez-vous envisager entre Plaiades et le secteur spatial ?
Il est clair que l'IA va jouer un rôle majeur dans la colonisation spatiale avec des robots autonomes capable de construire des bases avant l'arrivée des humains, de gérer une partie de la maintenance aussi. Pour le moment Plaiades traite principalement dans le traitement du langage (NLP) et de la gestion de processus. Nous laissons le traitement d'images et la robotique à d'autres entreprises spécialisées dans ce domaine. Mais rien est exclu, les cas d'usages sont infinis, peut être qu'une agence spatiale aura besoin un jour de nos services terrestres pour soutenir des opérations extra-terrestres ! J'ai d'ailleurs postulé en 2021 pour passer les sélections d'astronaute parmi plus de 30000 candidatures. Mais je n'ai probablement pas les capacités de rester lucide mentalement enfermé plusieurs mois dans une boite de conserve avec comme seul voisin le vide intersidéral.
Au cours de votre participation à des événements comme la Fête de la Science, quelles réactions avez-vous observées concernant l'intérêt du public pour l'exploration spatiale et les nouvelles technologies ?
Je ne parle pas particulièrement de spatial avec le public dans ces événements, ça m'arrive d'évoquer quelques cas d'usages mentionné précédemment. De manière générale, la public est divisé en 3 : il y a les réfractaires, qui sont contre la technologie et le changement ; il y a les moteurs qui sont curieux, qui expérimentent dans leur coin pour se faire un avis ; et il y a les passifs qui suivent le mouvement et qui font la démarche de s'informer.