Le titre se répand plus vite que l'usage : 76 % des grandes organisations ont désormais un Chief AI Officer, contre 26 % un an plus tôt. Mais le retour sur investissement, lui, ne suit pas. Avant d'écrire la fiche de poste, il faut peut-être se souvenir d'un autre fantôme : celui du Chief Digital Officer, mort d'un mandat sans pouvoir.
Chief AI Officer : le prochain CDO qu'on regrettera d'avoir recruté ?

Le Chief AI Officer est-il le nouveau Chief Digital Officer ? Un titre qui monte plus vite que la valeur qu'il produit, et qui pourrait finir de la même manière : silencieusement, entre 18 et 24 mois.

La révolution IA a besoin d'un visage. Quelqu'un pour inspirer, écrire la stratégie, porter le changement. Mais l'enfer est pavé de bonnes intentions, et les organigrammes aussi.

Les chiffres racontent une histoire troublante. Selon une étude IBM menée auprès de 2 000 dirigeants dans 33 pays, la part des organisations dotées d'un Chief AI Officer est passée de 26 % à 76 % en un an. Dans le même temps, l'écart de retour sur investissement entre celles qui en ont un et les autres plafonne à 5 %. Et seuls 25 % des salariés utilisent l'IA régulièrement. Le titre s'est popularisé plus vite que l'usage. Ce n'est pas le signe d'une transformation. C'est le signe d'une pression de gouvernance qui cherche un responsable avant de chercher un résultat.

Le fantôme du Chief Digital Officer devrait suffire à nous prévenir. Les CDO des années 2010 n'ont pas échoué parce qu'ils étaient mauvais. Ils ont échoué parce qu'on leur a donné un mandat transverse sans budget propre, sans P&L, sans droit d'arbitrage face à la DSI et aux directions métier. Un mandat sans pouvoir n'est pas un mandat. C'est une façade. Reproduisez cette architecture, vous reproduisez la sortie discrète, quel que soit le CV affiché sur la porte.

Dans certaines organisations, qui dit IA dit IT, et seulement IT. Or l'enjeu n'est pas technique, il est anthropologique : transformer nos modes de travail, nos process, nos compétences, entre IA générative, IA agentique et IA physique. Laisser l'IT piloter seul, c'est confondre l'infrastructure et la métamorphose. Amis DSI, amis Chief Data Officer, on a besoin de vous. Mais pas que de vous.

On pourrait rêver d'un profil aux cinq compétences parfaites. On finit avec un mouton à cinq pattes que les RH chasseront sans jamais le trouver. Le meilleur profil est peut-être déjà dans vos murs. Il connaît l'organisation. Il connaît les métiers. Il porte une vraie passion pour l'IA, et la capacité rare d'accompagner ceux qui doutent.

Avant d'écrire la fiche de poste, trois questions valent mieux que cinq compétences.

Peut-il engager un budget test sans veto systématique de l'IT, de la cybersécurité et du legal ? Peut-il remettre en cause un choix technologique déjà validé ? À qui est-il rattaché, et contre qui a-t-il le droit d'arbitrer ? Sans réponse claire à ces deux questions, le titre est décoratif.

Et puis il y a la troisième question, la plus inconfortable : à quoi ressemble la fin du poste ? Un bon Head of AI rend sa propre fonction inutile en trois ans, le jour où l'IA figure dans les objectifs de chaque directeur métier. Si votre fiche de poste ne décrit pas cette sortie, vous n'installez pas une transformation. Vous ajoutez une couche à l'organigramme. Et vous devrez la retirer plus tard.

On ne délègue pas la transformation. On l'incarne, on l'arme, et on prépare le jour où elle n'a plus besoin de porte-drapeau.

Et vous, avez-vous recruté un Chief AI Officer, ou un Head of AI ?

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