Pierre, votre parcours en intelligence artificielle est fascinant. Quel a été le moment déterminant qui vous a poussé à créer Plaiades et à vous concentrer sur la souveraineté des données ?
J'avais déjà tenté quelques projets entrepreneuriaux à la fin des années 2010's, mais l'accès à la technologie était encore onéreuse et méconnue du grand public. Je n'avais également pas beaucoup d'expérience, surtout sur comment diriger une entreprise au quotidien. Entre cela et la création de Plaiades fin 2024, j'ai pu prendre de l'expérience et le marché a mûri. J'ai simplement été à l'écoute d'un besoin grandissant, la souveraineté numérique. Une fois tous les ingrédients réunis, il a fallu se lancer et avoir nos premiers clients.
Vous êtes à la fois fondateur de Plaiades et responsable du pôle transition numérique à Le Mans Université. Comment parvenez-vous à équilibrer ces deux rôles, et comment interagissent-ils ?
J'avais ces deux casquettes pendant quelques mois début 2025 le temps de sécuriser les premières rentrées d'argent chez Plaiades et le temps d'accompagner mon ancienne équipe dans mon départ de l'Université du Mans. Cela faisait des doubles journées assez longues.
L'intelligence artificielle évolue rapidement. Selon vous, quelles sont les compétences clés que les entreprises doivent développer pour intégrer efficacement l'IA et protéger leur souveraineté numérique ?
Un des points fondamentaux qu'il faut prendre en compte lorsqu'on intègre une IA dans son système d'information, c'est la résistance aux déviations. L'IA reste probabiliste et peut avoir des résultats qui varient. Mettre un système chaotique dans un système d’information classique déterministe, c'est comme lâcher un chaton dans un grand salon avec pleins de rideaux en velours. Le second point, c'est la sécurité des données. La plupart des solutions d'IA sur le marché utilisent vos données pour continuer d'améliorer les modèles d'IA, au détriment de la confidentialité. Et officieusement, peut être un peu de revente de données à des fins publicitaires ou de surveillance de masse.
Chez Plaiades, vous mettez l'accent sur l'IA souveraine. Pouvez-vous nous expliquer ce concept et pourquoi il est crucial pour les entreprises aujourd'hui ?
L'IA souveraine c'est une philosophie sur plusieurs axes. En premier lieu, la confidentialité de l'information. Toute donnée qui est envoyé ailleurs sur internet n'est plus sous notre contrôle, nous devons accepter qu'un tiers puisse stocker ou réutiliser nos données. Selon le cadre légal, notamment hors Europe (RGPD), les lois qui encadrent ces données diffèrent. En second lieu, c'est la non dépendance à un tiers. Quand vous êtes locataire de l'accès à vos données, l'hébergeur peut très bien changer ses conditions d'utilisation pour en faire ce qu'il veut (pour ne citer que les plus récents tours de passe-passe : What's App, CapCut, LinkedIn). Ils dictent leurs conditions, et surtout, ils dictent leurs tarifs. Si demain, votre hébergeur ne loue plus son accès à 4,99€/mois mais 39,99€/mois, vous n'avez que 2 choix : payer pour rester ou payer pour partir (le switching cost). Enfin, il y a aussi des enjeux géopolitiques, n'oublions pas le climat chaotique mondial et les enjeux de soft power, dont l'IA est devenue l'arme centrale. Le pays qui détient la recette technologique pour allumer un feu de camp ou tailler un silex va naturellement prendre le dessus sur les autres nations et dicter sa vision du monde.
Avec le développement des technologies spatiales et votre intérêt pour l'exploration spatiale, comment pensez-vous que l'IA pourrait transformer notre compréhension de l'univers dans un futur proche ?
L'IA est aujourd'hui beaucoup utilisée dans le domaine de l'exploration spatiale, notamment sur deux domaines. Le premier, c'est l'analyse de données. On observe l'univers, on photographie et on a besoin de trier d'énormes quantités d'informations, que l'Humain peut mettre des dizaines d'années à traiter, là où l'IA permet d’accélérer grandement le processus. Le deuxième c'est l'IA embarquée dans la robotique. Il faut 15 à 30 minutes pour envoyer une commande à un robot sur Mars depuis la Terre (doubler le temps pour avoir la réponse de l'action). Autant dire que pour piloter un robot d'exploration, c'est impossible. On dote alors ces robots de capacités de perception et de prise de décision pour pouvoir avancer en autonomie la majeure partie du temps.
Quels conseils donneriez-vous aux entreprises qui hésitent encore à adopter des technologies basées sur l'IA, particulièrement dans le cadre de la protection et de la gestion de leurs données ?
Pour ces entreprises qui hésitent à passer à l'IA à cause des problématiques de gestion de leurs données, je leur dis qu'ils ont raison d'être méfiants. Il existe néanmoins des solutions pour garder le contrôle sur les données (si ce n'est pas déjà trop tard). La démarche à mener est de s'entourer de professionnels du domaine, à l'écoute des vrais besoins et qui proposent des projets itératifs pour avancer petit à petit.
Enfin, comment voyez-vous l'avenir de l'interaction humaine et de l'IA, et comment Plaiades contribue-t-elle à façonner cet avenir de manière éthique et durable?
Vouloir tout automatiser serait une énorme erreur, vous avez toujours besoin d'humains dans les processus, pour des problématiques juridiques et de validation ou contrôle du système. L'IA va cependant alléger des tâches cognitives répétitives, pour laisser le temps aux humains de faire des choses d'humains : collaborer, partager ou co-construire par exemple.