Marion, pouvez-vous nous raconter comment vous êtes entrée dans le domaine de l'intelligence artificielle et ce qui a suscité votre intérêt pour cette technologie en particulier ?
Je suis entrée dans le domaine de l’intelligence artificielle de manière assez naturelle, à la croisée de plusieurs expériences.
À l’origine, je viens du marketing et des ressources humaines ; deux domaines profondément centrés sur la compréhension des besoins humains et la prise de décision stratégique. En découvrant l’IA, j’ai rapidement perçu à quel point cette technologie pouvait devenir un levier formidable pour amplifier ces capacités : mieux comprendre, mieux anticiper, et surtout, mieux accompagner.
Mon intérêt s’est réellement affirmé lorsque j’ai commencé à travailler sur des cas concrets d’intégration de l’IA dans les entreprises. J’ai vu à quel point elle pouvait transformer des processus, libérer du temps à forte valeur ajoutée et rendre les organisations plus agiles. C’est aussi à ce moment-là que j’ai choisi de reprendre mes études avec un Master en Intelligence Artificielle, afin d’aller plus loin techniquement et stratégiquement.
Aujourd’hui, ce qui me passionne, c’est de rendre l’IA accessible et utile, en la reliant à des enjeux humains, éthiques et opérationnels. J’aime montrer que l’IA n’est pas une fin en soi, mais un formidable outil au service des métiers, de la performance et du sens.
En tant que responsable des solutions open source, BI, et IA pour les ministères et agences d'État, quelles sont les principales opportunités et défis que vous observez dans la transformation numérique du secteur public ?
En tant que responsable des solutions open source, BI et IA pour les ministères et agences d’État, je constate que la transformation numérique du secteur public est à la fois une formidable opportunité et un vrai défi.
Du côté des opportunités, il y a d’abord une prise de conscience forte autour de la souveraineté numérique : les administrations veulent maîtriser leurs données, leurs outils et s’appuyer sur des solutions open source et souveraines. C’est aussi l’occasion de valoriser la donnée publique, notamment grâce à la Business Intelligence et à l’intelligence artificielle, pour mieux piloter l’action publique et prendre des décisions plus éclairées.
On observe également une volonté de simplifier les démarches administratives : automatiser, fluidifier les processus, et redonner du temps aux agents pour des missions à plus forte valeur ajoutée. Enfin, la mutualisation inter-ministérielle est un levier majeur : partager des socles communs open source permet de gagner en cohérence, en efficacité et en coûts.
Les défis, eux, sont tout aussi réels. Le principal, c’est l’accompagnement au changement : la technologie évolue vite, mais la culture numérique doit suivre. Il faut rassurer, former, et donner du sens à cette transformation. Le deuxième grand défi, c’est l’intégration dans des systèmes d’information parfois très anciens et hétérogènes. La modernisation doit donc se faire avec pragmatisme, sans rupture de service, en garantissant sécurité, conformité et continuité
Vous avez un rôle d'Ambassadrice IA. Comment travaillez-vous avec les entreprises pour concevoir et déployer des stratégies d'IA sur mesure, et quelles sont les attentes les plus courantes de vos clients ?
En tant qu’Ambassadrice IA, j’accompagne les entreprises dans la compréhension et la mise en œuvre concrète de l’intelligence artificielle.
Mon rôle commence toujours par un diagnostic de maturité numérique : comprendre leurs besoins, leurs données et leurs priorités métiers. À partir de là, nous construisons ensemble une stratégie IA sur mesure, pragmatique et adaptée à leur réalité terrain.
Dans ce cadre, j’anime également des conférences et ateliers de sensibilisation pour démystifier l’IA : expliquer simplement comment elle fonctionne, montrer des cas d’usage concrets dans différents secteurs, et surtout sensibiliser à la souveraineté des données et à la cybersécurité. C’est un point essentiel aujourd’hui : beaucoup d’entreprises ne mesurent pas encore les enjeux liés à la confidentialité, et je leur montre justement les solutions on-premise qui garantissent la sécurité et la maîtrise totale des données clients.
Enfin, j’accorde une attention particulière à l’accompagnement au changement. L’IA ne se déploie pas seulement avec des outils, mais avec des femmes et des hommes qu’il faut former, rassurer et impliquer. Mon objectif, c’est d’aider les entreprises à intégrer l’IA de manière éthique, souveraine et durable, tout en créant une vraie adhésion interne.
Quelle a été l'expérience la plus marquante ou le projet dont vous êtes la plus fière dans votre carrière jusqu'à présent, en rapport avec l'intelligence artificielle ?
L’expérience la plus marquante de ma carrière, c’est sans doute le projet Qualiop’IA, que j’ai conçu dans le cadre de mon master en intelligence artificielle.
L’idée est née d’un besoin concret : aider les organismes de formation à simplifier leur gestion documentaire et à se mettre en conformité avec Qualiopi. Nous avons donc développé une solution d’IA capable d’analyser, vérifier et valider automatiquement les documents de formation, en s’appuyant sur un modèle LLaMA avec RAG local, pour garantir la souveraineté et la confidentialité des données.
Ce projet m’a ensuite permis d’accompagner une entreprise de transport, confrontée à des contraintes similaires en matière de conformité et de suivi qualité. En adaptant la solution à leur contexte, nous avons pu automatiser une grande partie de leurs processus internes — de la gestion documentaire à la validation des dossiers — tout en fiabilisant les données et en réduisant considérablement le temps de traitement.
C’est une expérience dont je suis particulièrement fière, car elle illustre parfaitement ce que j’aime dans l’IA : allier innovation, impact terrain et souveraineté numérique.
Mon objectif, à travers ce type de projet, est toujours le même : rendre l’intelligence artificielle concrète, utile et éthique, au service des entreprises françaises et de leurs équipes.
L’adoption de l’intelligence artificielle nécessite souvent une transformation culturelle au sein d’une organisation. Comment abordez-vous ce changement avec vos partenaires publics et privés ?
Pour moi, l’adoption de l’intelligence artificielle commence toujours par une transformation culturelle, pas par la technologie.
Avant de parler d’IA, je pose une question simple : quel est le besoin concret ?
Quels sont les points de souffrance des collaborateurs, où ont-ils besoin d’aide ou de gain de temps ?
Parce qu’on ne met pas une IA juste pour faire moderne — si une personne aime son travail et n’a pas besoin d’automatisation, alors on ne change rien.
J’aime citer Rabelais : “Science sans conscience n’est que ruine de l’âme.”
C’est une vieille référence, mais terriblement actuelle.
L’IA doit rester au service de l’humain, et non l’inverse.
Dans mes accompagnements, j’organise des ateliers, des conférences et des démonstrations concrètes pour démystifier l’IA, rassurer sur la souveraineté et la sécurité des données, et impliquer les équipes dès le départ.
Mon objectif, c’est d’installer une culture de confiance et de bon sens, où la technologie vient réellement soulager, pas remplacer.
Vous donnez des conférences sur l'IA et le marketing. Comment ces deux domaines s’entrecroisent-ils et comment cela influence-t-il vos approches de la transformation numérique ?
L’intelligence artificielle et le marketing sont aujourd’hui deux univers qui se nourrissent mutuellement.
Dans mes conférences, j’explique souvent que le marketing repose avant tout sur la compréhension des besoins humains, et que l’IA vient justement amplifier cette compréhension : analyse des comportements, personnalisation des messages, anticipation des attentes clients…
En regardant vers l'avenir, quelles tendances ou innovations en intelligence artificielle pensez-vous qu’il sera crucial de surveiller dans les années à venir, notamment dans le secteur public ?
Dans les années à venir, plusieurs tendances en intelligence artificielle vont profondément transformer le secteur public.
La première, c’est sans doute la généralisation des IA génératives souveraines, capables de fonctionner en local ou en cloud de confiance, pour garantir la confidentialité des données de l’État. On s’éloigne des solutions dépendantes des GAFAM pour aller vers des modèles français ou européens, plus transparents et maîtrisés.
Ensuite, l’essor des IA hybrides, combinant automatisation, analyse prédictive et traitement du langage naturel, va permettre d’améliorer la relation usager, d’optimiser les processus internes et de renforcer la prise de décision.
Mais tout cela ne sera possible que si l’on avance avec éthique, transparence et frugalité énergétique.
Enfin, une tendance majeure, c’est la montée de l’intelligence collective augmentée : l’IA ne remplace pas les agents publics, elle les aide à mieux servir, à détecter plus vite les besoins, et à innover autrement.
J'espere que l’avenir de l’IA publique sera humain, souverain et responsable