
Philippe, pourriez-vous nous raconter comment vous avez commencé à intégrer l'intelligence artificielle dans votre travail de personal branding et de social selling ?
Pour être franc, autant j'ai été épaté par l'arrivée de ChatGPT, autant je n'ai pas compris toute de suite comme en faire un bon usage.
Dans la réalité des choses, grâce à mon associé Pierre Mercier qui adore (bien plus que moi) ces outils d'IA générative, on a finalement compris ce que cela allait nous apporter, et que c'était notre process qui devait être changé. De fond en comble.
Avant l'IA, notre métier était très chronophage et requiert surtout un travail de dingue au niveau du Project Management.
Notamment, pour vérifier l'orthographe et les tournures grammaticales. Pire, mode exponentiel, lorsqu'il fallait délivrer les différents en plusieurs langues.
Après l'IA, ce qui a changé, c'est que le texte brut fournit par l'IA ou repeigné par l'IA est grammaticalement parfait. Idem avec l'orthographe. Quel que soit les langues.
Au final, notre vrai valeur est dans la création d'une intimité avec nos clients pour qu'ils nous dévoilent leurs ambitions, leurs envies et surtout leurs frustrations.
Ce qui a fondamentalement changé, c'est que le client ne paie plus que le temps nécessaire pour récolter les infos auprès des dirigeantes et dirigeantes, car le temps pour produire est devenu quasi insignifiant, tant le processus de checking pour délivrer (de manière parfaite) a disparu.
En effet, la matière brute que nous fournit l'IA est d'une perfection presque inouïe.
Notre valeur étant alors de proposer de varier les angles - disposer de plusieurs versions d'un même sujet.
Au final, notre client final choisit l'une d'entre elles ou les prends toutes pour alimenter plusieurs flux d'actualités. Par exemple, son compte personnel + celui de du compte corporate + celui de ses commerciales ou de ses commerciales ou de de ses associés.
Le gain pour le client est bien là, pour le même niveau d'implication, il reçoit beaucoup plus et surtout du beaucoup mieux.
Comment l'IA modifie-t-elle notre compréhension du branding personnel, surtout à l'ère des réseaux sociaux toujours plus dynamiques ?
Afin de bien répondre à cette question, j'ai plutôt envie de répondre à deux autres questions:
Que va provoquer l'IA à notre niveau?
L'IA va provoquer une standardisation des sujets et une homogénéisation des récits qui traitent de ces sujets.
C'est ce que connait, depuis des années, le secteur de l'informatique. Tout le monde parle de cloud, de saas, d'IA. Tout le monde utilise les mêmes visuels. Tout le monde emploie les mêmes arguments. Tout devient semblable. Arrive alors le moment où tout un chacun va se mettre à offrir du discount, diminuer le prix devient le seul facteur de différenciation. Rappelons que quand DeepSeek est arrivé, les prix des versions payantes de ChatGPT se sont effondrés. Amusant ce que l'IA provoque, l'IA le subit aussi. Qui pour me contester?
Que faudra-t-il faire pour contrer cette chute qui va arriver de manière inéluctable?
Faire du marketing - le vrai pas celui qui cherche à tout automatiser pour obtenir des KPI - celui qui consiste à trouver des axes de différenciation, à les accentuer, avec pour résultats concrets d'être choisi parce que l'on incarne une valeur certaine.
Au final, ce qui va changer, c'est la compréhension de l'utilité du branding personnel par les patronnes et les boss.
Quand tout finit par se ressembler, c'est le marketing de soi qui va devenir le seul vecteur de différenciation entre différentes solutions et/ou produits et/ou services.
Rappelons-nous qu'un Social Seller n'est jamais qu'un connu d'avance par ses futurs clients, alors que leurs compétiteurs sont inconnus et ne bénéficient alors d'aucune confiance par défaut.
C'est cette confiance là qu'il faut amorcer afin de gagner les deals et surtout de les gagner plus vite. L'efficience n'est pas de gagner, mais de gagner plus rapidement. Se déplacer une ou deux fois pour convaincre coûte bien moins cher que de se déplacer quatre ou cinq fois pour le même résultat. C'est la confiance qui fait la différence. Plus elle est amorcée tôt, plus vite se concrétisera les affaires.
Se rappeler aussi qu'être connu d'avance n'est pas inné - à sa naissance Steve Jobs n'était qu'un humain parmi des milliards d'humains. Il n'est pas né star.
Etre connu d'avance (devenir une référence ou une marque totem) est, bel et bien, le fruit d'une abnégation folle et surtout d'avoir été aidé par une équipe qui considère les patrons, les commerciaux, les commerciales, les presales comme étant autant de marques à faire exister pour qu'elles deviennent des facteurs décisif, et qu'elles deviennent des références de leurs différents secteurs d'activités.
Et pour être connu d'avance et connue d'avance, il faut, immanquablement, exister sur les réseaux sociaux, et se faire aider (en interne ou va une externalisation) ainsi que par l'IA. Bien entendu.
Vous qui accompagnez des leaders et des commerciaux, quelles compétences en IA jugez-vous essentielles pour qu'ils soient performants dans leurs rôles aujourd'hui ?
La compétence qu'il faut avoir, c'est d'observer les jeunes, ceux qui sont nés 'dedans' et exploiteront l'IA générative dès qu'ils sont en âge de pouvoir s'en servir.
Pour rappel, ce n'est pas ceux qui ont installés les fondamentaux d'Internet 2.0 qui ont lancés UBER, Blablacar, WhatsApp mais la génération de leurs enfants.
Ce processus générationnel a toujours existé, mes parents ont connu dans leur jeunesse l'arrivée de l'électricité dans les villes et les industries. Cependant, l'essor de l'électroménager, l'électricité à la maison, ils l'ont connus 30 années après. A ce moment, mes parents achetaient tout ce qui devenait électrique (le rasoir, l'épluche pomme de terre, la tondeuse, etc, etc, etc), ils étaient assez 'excités'.
Tout comme moi, je l'ai été quand j'ai découvert les premiers réseaux sociaux. Normal, j'avais connu le monde d'avant, j'étais alors moi aussi très excités. Par contre, les enfants de mes amis non seulement ne sont plus du tout 'excités' par les réseaux sociaux, cela fait partie du game, c'est tout. Ils ont aussi l'âge de Sam Altan qui en plus de ne plus être 'excité' à trouver ET configurer un truc de dingue.
Bref, c'est toujours et toujours la génération suivante qui va maximaliser le potentiel des grandes nouveautés.
Donc, observer les jeunes doit devenir compétence clé si on veut identifier (avec eux) les prochain changements de paradigme. C'est dans 15 ans que cela faire boum, en 2037, 15 ans après la naissance de ChatGPT.
En tant qu'expert du social selling, comment percevez-vous l'utilisation des chatbots et de l'IA conversationnelle dans l'interaction avec les clients potentiels ou existants ?
C'est bluffant, mais pas encore génialissime. Cela améliore l'existant, mais sans trop remettre en cause les fondamentaux de l'existant.
Là aussi, quand on remonte en arrière, la première digitalisation a consisté de faire en mode numérique l'équivalent de ce qui existait en version papier.
En marketing, cela a consisté a transformé sa brochure quadri en site web vitrine.
Or, tout le monde le sait, les brochures n'ont jamais vraiment aidés les commerciaux, et pareil avec les sites web vitrines qui ne servent à rien dans les démarches des commerciaux, juste un "nice to have".
A l'inverse, Amazon n'a pas fait un site web qui était beau - encore maintenant, il est très moche - Amazon a créé un site 100% transactionnel et surtout organisé une logistique de dingue, ainsi qu'organiser Amazon autour de sa logistique. On n'achète pas un livre chez Amazon, on achète son expédition.
En conclusion, le neuf n'a pas encore vu le jour. Il viendra. A mon avis, dans 10 à 15 ans.
Quel rôle l'IA joue-t-elle dans la création et l'analyse de contenu influent, et comment peuvent les entreprises en tirer parti pour renforcer leur marque ?
Une des pistes actuelles, c'est de l'utiliser comme un sparring partner.
De mon côté, j'écris mon cinquième livre. Au début, j'ai fait l'OK BOOMER de service, c'est à dire:
l'écrire tout seul dans mon coin, en me disant pourquoi déléguer ce que j'adore faire, écrire pour influencer mon marché.
Depuis quelques semaines, je le réaliser avec DeepSeek. Cet outil m'a aidé à mettre les éléments dans le bon ordre.
Par exemple, je demande à DeepSeek d'améliorer mon texte en simplifiant certains tronçons, et il amène alors des éléments auxquels j'avais pensé (voire déjà écrits) mais qui n'étaient pas encore dans le texte que je lui demandais de simplifier.
Il m'a fait prendre conscience que je devais parfois inverser l'arrivée des idées afin de fluidifier la cohérence de mes idées. DeekSeek me bluffe au sens propre et au sens figuré.
Avez-vous remarqué des résistances ou des défis majeurs lors de l'intégration de solutions IA dans vos stratégies de branding personnel ?
Hormis la mienne, aucune.
C'est d'ailleurs l'angle que je soutiens dans mon livre, il n'y a aucune résistance au changement. Tout secteur d'activité confondus, tout le monde utile l'IA générative.
Vendre des sessions d'awareness quant à l'appropriation de l'IA générative relève de l'escroquerie.
Enfin, quels conseils donneriez-vous aux jeunes professionnels cherchant à se démarquer sur les réseaux sociaux en utilisant les technologies IA ?
Je n'ai pas grand chose à leur apprendre, je ne fais que les imiter, ils sont ma source d'inspiration. Ma seule petite valeur ajoutée est de décomposer leurs attitudes parfaites afin de les transmettre aux OK BOOMERS ;-)
Philippe Deliège est un expert en personal branding et un builder d'influence, basé en Belgique. Il est le fondateur d'estocada, une entreprise spécialisée dans le social selling et le développement de la notoriété sur les réseaux sociaux. Avec plus de 12 ans d'expérience dans le domaine, il accompagne les leaders et les commerciaux dans leur transformation vers le social selling. Philippe est également conférencier et auteur, ayant développé plusieurs conférences sur le personal branding et le social selling. Il enseigne à l'ICHEC et à la Sales Academy sur les réseaux sociaux et les fondamentaux du social selling.