Pourquoi l’IA est une opportunité sociale majeure pour les entreprises (Houcine MENACER, WinSide)

Bonjour Houcine, pourriez-vous nous expliquer comment votre parcours en ingénierie pédagogique vous a conduit à fonder une entreprise axée sur l'inclusion numérique, et quel rôle l'intelligence artificielle a-t-elle joué dans ce cheminement?

Mon parcours n’a rien d’un plan de carrière linéaire. Je viens de la finance et du conseil, puis j’ai évolué vers l’ingénierie pédagogique. Mais, au fond, ce qui m’a réellement guidé, ce sont les gens. Très tôt, j’ai compris que l’accès à la formation et au numérique pouvait créer ou détruire des trajectoires professionnelles. Quand j’ai commencé à travailler sur des dispositifs d’accompagnement, notamment pour des publics éloignés du digital, j’ai constaté un paradoxe : on formait aux outils, mais on oubliait les personnes.

C’est ce constat qui m’a conduit à créer WinSide en 2019. Je voulais une structure capable d’allier pédagogie, innovation et impact social, avec une conviction simple : les talents en seconde partie de carrière ne manquent ni de compétences ni de potentiel, ils manquent d’opportunités adaptées. L’inclusion numérique, pour moi, ce n’est pas seulement former, c’est redonner du pouvoir d’agir.

L’intelligence artificielle a finalement confirmé — et amplifié — cette vision. Quand l’IA est arrivée dans nos métiers, beaucoup y ont vu une menace, surtout pour les professionnels expérimentés. Nous, on y a vu un levier. Avec le no-code et l’IA, on peut remettre des personnes de 50, 55 ou 60 ans au centre de la transformation numérique, sans exiger un parcours d’ingénieur.

À partir de là, tout est devenu cohérent : notre pédagogie agile, le reverse mentoring intergénérationnel, les bootcamps NoCode & IA, les accompagnements à la reconversion… L’IA n’a pas seulement joué un rôle dans mon cheminement, elle nous a permis de prouver que l’innovation peut être inclusive — et que les personnes en seconde partie de carrière peuvent être des moteurs de transformation, pas des spectateurs.

En tant que membre du conseil d'administration de La French Tech Grand Paris, comment voyez-vous l'évolution de l'adoption de l'IA dans l'écosystème des startups françaises? Y a-t-il des initiatives spécifiques que vous trouvez particulièrement prometteuses?

Au sein de la French Tech Grand Paris, on observe une accélération très nette de l’adoption de l’IA dans l’écosystème. Les startups ne sont plus dans l’expérimentation : elles intègrent l’IA au cœur de leur produit, de leurs process et de leur stratégie. On voit émerger des acteurs solides, des levées de fonds structurantes et une vraie maturité autour des usages.

Ce que je trouve particulièrement prometteur, ce sont les initiatives qui démocratisent l’accès à l’IA. Le programme Track IA de la French Tech Grand Paris, par exemple, joue un rôle clé pour connecter startups, entreprises et institutions. De même, les plateformes comme l’AI Factory France permettent à des jeunes entreprises de développer des solutions IA sans barrières techniques ou financières trop élevées.

Avec WinSide, je regarde surtout comment ces dynamiques peuvent être inclusives. L’IA ne doit pas être un sujet réservé aux ingénieurs : elle peut devenir un levier de reconversion, d’employabilité et de mixité générationnelle. Je crois beaucoup aux projets qui allient IA, formation et impact social. C’est là que l’écosystème français a une carte à jouer.

Compte tenu de votre expérience en gestion de projet et innovation chez Schoolab, comment percevez-vous l’impact de l’IA sur les méthodologies de design thinking et de planification stratégique dans les entreprises modernes?

Chez Schoolab, j’ai appris que l’innovation ne vient jamais uniquement des outils, mais des méthodes et de l’état d’esprit. L’arrivée de l’IA ne remplace pas le design thinking, elle le transforme.

L’IA accélère les étapes d’exploration, d’analyse et de prototypage. Elle permet de tester plus vite, d’itérer plus souvent et de challenger des intuitions avec de la donnée. Mais elle ne remplace pas l’empathie, l’observation terrain ou la compréhension fine des usages — qui sont au cœur du design thinking.

Pour la planification stratégique, l’impact est encore plus fort : l’IA permet de réduire l’incertitude, de modéliser des scénarios complexes et d’aider les équipes à prendre de meilleures décisions. On passe d’une planification “rigide” à une stratégie beaucoup plus adaptable et vivante.

En résumé, l’IA donne de la vitesse et de la précision, mais ce sont toujours les équipes, leur créativité et leur capacité à écouter les utilisateurs qui font la différence. L’enjeu des entreprises modernes, c’est d’intégrer l’IA sans perdre l’humain.

Quels défis spécifiques avez-vous rencontrés en intégrant des outils d'IA dans les programmes de formation chez Winside, et comment ces outils ont-ils amélioré l'expérience d'apprentissage pour les participants?

Intégrer des outils d’IA dans nos programmes n’a pas été un long fleuve tranquille. Chez WinSide, on travaille majoritairement avec des personnes en seconde partie de carrière, parfois éloignées du digital. Le premier défi, c’était donc la peur : la peur de “ne pas y arriver”, de “ne pas être assez technique”, ou même de perdre sa place face à la machine.
Le deuxième défi a été pédagogique : il fallait trouver le bon équilibre entre découverte, pratique et mise en confiance, sans rentrer dans un discours trop technique ou anxiogène.
Enfin, il y a eu le défi organisationnel : faire évoluer nos parcours, nos cas pratiques, nos outils, et former nos propres formateurs à ces nouvelles approches.

Mais les résultats ont été incroyables. L’IA a débloqué des apprentissages. Elle permet :

d’accélérer la montée en compétences,

d’aider les participants à visualiser, prototyper et automatiser leurs idées,

de rendre les exercices plus concrets et personnalisés,

et surtout de redonner confiance à des profils qui se pensaient “hors course”.

En réalité, l’IA n’a pas simplement amélioré l’expérience d’apprentissage : elle a rééquilibré les chances. Elle permet à nos apprenants d’entrer dans le numérique sans prérequis lourds, et redonne à des personnes expérimentées la possibilité d’être à nouveau des moteurs de transformation.

Pouvez-vous partager un exemple concret de la manière dont l'intelligence artificielle a favorisé l'inclusion numérique, un domaine dans lequel vous vous spécialisez, et quels en ont été les impacts sociaux et économiques?

Un exemple très concret : notre bootcamp NoCode & IA destiné aux femmes en seconde partie de carrière, souvent éloignées du numérique depuis plusieurs années.
Avant l’arrivée de l’IA, beaucoup d’entre elles pensaient que les outils digitaux n’étaient “pas pour elles”. L’IA générative a complètement changé la donne. En quelques heures, elles ont pu créer des prototypes, automatiser des tâches ou rédiger des contenus professionnels sans compétences techniques préalables.

L’impact social a été immédiat : un gain massif de confiance, une capacité à se projeter dans de nouveaux métiers, et surtout le sentiment de reprendre la main sur le digital plutôt que de le subir.
L’impact économique aussi : plusieurs participantes ont retrouvé un emploi, lancé leur activité ou intégré des missions en entreprise grâce aux compétences acquises.

Avec l’IA, l’inclusion numérique ne consiste plus seulement à apprendre des outils : elle permet à des personnes longtemps tenues à l’écart de devenir actrices de la transformation, de retrouver une place dans le marché du travail et de créer de la valeur. C’est exactement cette bascule-là qui nous motive chez WinSide.

À votre avis, comment l'IA va-t-elle transformer le concept d'inclusion numérique dans les cinq prochaines années, et quels secteurs verront les changements les plus significatifs?

D’ici cinq ans, l’IA va complètement redéfinir l’inclusion numérique. Jusqu’ici, l’inclusion consistait à former aux outils. Demain, elle consistera à augmenter les capacités des personnes pour qu’elles puissent agir, créer, entreprendre ou se reconvertir, même sans bagage technique.

L’IA va permettre à des publics longtemps éloignés du digital — notamment les personnes en seconde partie de carrière — d’accéder à des compétences jusque-là réservées à des profils initiés ou très spécialisés. On ne parlera plus seulement de “réduire la fracture numérique”, mais de donner un pouvoir d’action à des millions de personnes.

Les secteurs où l’on verra les transformations les plus fortes seront :

la formation professionnelle, avec des parcours ultra-personnalisés, adaptés au niveau, au rythme et aux besoins de chacun ;

les métiers support et opérationnels (administratif, RH, logistique, relation client) où l’IA va automatiser les tâches répétitives et permettre aux salariés de monter en compétences plus vite ;

l’entrepreneuriat, où l’IA et le no-code vont faire tomber les barrières à l’entrée ;

les services publics et l’accompagnement social, qui pourront proposer des démarches plus accessibles et des outils plus inclusifs.

En résumé, l’IA ne va pas seulement transformer l’inclusion numérique : elle va l’élargir.
Elle va faire passer des milliers de personnes du statut d’utilisateur fragile à celui d’acteur du numérique. Et c’est précisément là que se joue l’impact social des prochaines années.

Quel conseil donneriez-vous aux entreprises qui hésitent à adopter l'IA dans leurs pratiques, notamment celles qui pourraient bénéficier des opportunités d'inclusion numérique?

Le premier conseil que je donnerais, c’est de sortir de la logique du “tout ou rien”. Adopter l’IA ne veut pas dire tout transformer d’un coup. Cela peut commencer par un usage simple, un cas d’application ciblé, un besoin opérationnel très concret.

Ensuite, je recommande d’impliquer les équipes dès le début, notamment les collaborateurs en seconde partie de carrière. Ce sont eux qui détiennent l’expérience terrain, les process, les irritants — et donc les meilleurs cas d’usage. L’IA devient beaucoup plus pertinente et beaucoup moins anxiogène quand elle est co-construite.

Enfin, je dirais aux entreprises que l’IA est une opportunité d’inclusion, pas une menace. Elle permet d’ouvrir le numérique à des profils qui n’y avaient pas accès, de redistribuer des rôles, de redonner de la valeur à l’expertise humaine.

L’enjeu n’est pas de “faire de l’IA”, mais de se demander : comment l’IA peut aider mes équipes à travailler mieux, à apprendre plus vite, et à inclure des personnes qui étaient jusque-là tenues à l’écart ?
Les entreprises qui se posent cette question aujourd’hui seront celles qui auront un avantage compétitif demain.

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